Fin de la garantie de parfait achèvement : que faire dans les dernières semaines avant l'échéance des 12 mois ?

Article publié le 22 Août 2026 | 4 minutes de lecture

 

Pourquoi les dernières semaines de la GPA sont décisives

La GPA dure douze mois pile, à compter de la réception. Cette règle, posée par l'article 1792-6 du Code civil, ne souffre aucune exception. Le douzième mois n'est pas un mois comme les autres.

Au-delà de cette échéance, l'entreprise n'est plus tenue de réparer les désordres au titre de la garantie de parfait achèvement. Les défauts qui ne relèvent ni de la biennale (éléments d'équipement dissociables) ni de la décennale (solidité ou impropriété à destination) restent à votre charge. Autrement dit, ce carrelage qui craque, cette fissure superficielle sur l'enduit, cette poignée qui joue : plus personne n'a l'obligation de venir les reprendre.

Un cas concret pour fixer les idées. Monsieur R., installé dans sa maison neuve près de Nantes depuis la réception en septembre, remarque en juillet plusieurs micro-fissures sur des cloisons intérieures. Il attend « la rentrée » pour envoyer un courrier à son constructeur. Mauvais calcul : la GPA expire fin août. En septembre, le constructeur oppose la forclusion et refuse toute reprise. Facture des travaux à sa charge : 3 400€.

Faire un état des lieux complet au 10ᵉ mois

À partir du dixième mois post-réception, il est temps de sortir le carnet et de faire le tour de la maison, pièce par pièce. L'objectif : recenser tous les désordres, y compris ceux que vous aviez négligés jusque-là.

Passez en revue les points suivants :

  1. Menuiseries : portes, fenêtres, volets. Ouvertures qui accrochent, joints décollés, condensation persistante.
  2. Revêtements de sol : carrelages, parquets. Fissures, joints qui bougent, lames qui sonnent creux.
  3. Enduits et peintures : microfissures, décollements, taches d'humidité.
  4. Plomberie : robinets, évacuations, joints de silicone. Fuites lentes, écoulements bruyants.
  5. Équipements : VMC, prises, interrupteurs. Défauts de fonctionnement, bruits anormaux.
  6. Toiture visible depuis le sol : tuiles déplacées, gouttières mal fixées.

Si le doute persiste sur un désordre technique, faire venir un expert bâtiment coûte entre 500€ et 900€. C'est un investissement modeste au regard de ce qu'il permet de sauver.

Formaliser les signalements par lettre recommandée

Un message WhatsApp au conducteur de travaux ne suffit pas. Un mail non plus, sauf accusé de réception explicite. Pour interrompre le délai de forclusion et prouver la bonne foi du maître d'ouvrage, la lettre recommandée avec accusé de réception reste la seule voie sûre.

Le courrier doit contenir plusieurs mentions essentielles :

  1. La date de réception des travaux, comme point de départ du délai
  2. La liste précise et détaillée des désordres constatés
  3. Des photographies datées jointes à la lettre
  4. Une demande de reprise dans un délai raisonnable (généralement 30 jours)
  5. La mention explicite du fondement juridique : article 1792-6 du Code civil

Envoyer ce courrier même à J-15 de l'échéance conserve vos droits. Le tampon de La Poste fait foi. Sans cet écrit, tout devient plus compliqué.

Que faire si l'entreprise ne répond pas ou refuse d'intervenir

Le silence de l'entreprise après une LRAR n'éteint pas vos droits, à condition d'agir. Trois leviers existent.

D'abord, la mise en demeure. Après un premier courrier resté sans effet, envoyez une mise en demeure formelle, toujours en recommandé, en fixant un ultime délai. Ce document constitue une étape juridique préalable indispensable pour toute action en justice.

Ensuite, la médiation ou la conciliation. De nombreuses fédérations professionnelles du bâtiment proposent des services de médiation. La démarche est gratuite ou peu coûteuse, et débouche souvent sur un accord amiable. Cette étape est particulièrement utile lorsque la relation avec le constructeur s'est dégradée.

Enfin, le recours judiciaire. En dernier ressort, une action devant le tribunal judiciaire peut être engagée. Elle doit impérativement être introduite avant l'expiration du délai de forclusion, sous peine d'irrecevabilité. Une assignation en référé permet parfois d'obtenir la désignation rapide d'un expert judiciaire, dont le rapport orientera la suite.

Anticiper la bascule vers la biennale et la décennale

Au douzième mois pile, la GPA disparaît. La garantie biennale prend alors le relais pour les éléments d'équipement dissociables (robinets, radiateurs mobiles, volets roulants) pendant deux ans. La garantie décennale couvre pendant dix ans les désordres graves affectant la solidité ou l'habitabilité.

Un désordre qui semblait mineur en GPA peut évoluer en défaut décennal. Une fissure superficielle non traitée peut s'aggraver et compromettre la solidité d'un mur porteur. Dans ce cas, votre assurance dommages-ouvrage intervient pour préfinancer les réparations sans attendre la recherche de responsabilité, comme le prévoit l'article L 242-1 du Code des assurances.

D'où l'intérêt de tenir un dossier complet dès le début. Chaque désordre signalé en GPA, avec date, photo et courrier associé, constitue une pièce précieuse si le sinistre bascule plus tard vers la décennale. La traçabilité est votre meilleure alliée sur la durée.

Madame T., propriétaire dans la région lyonnaise, avait signalé en GPA une microfissure sur un pignon. Faute de suite, elle avait constitué un dossier photo. Trois ans plus tard, la fissure s'est aggravée et a laissé passer des infiltrations. Grâce à ses documents datés, la déclaration en dommages-ouvrage a été acceptée sous 60 jours, et l'indemnisation de 18 200€ versée dans les 90 jours suivants.

FAQ

Peut-on prolonger la garantie de parfait achèvement au-delà d'un an ?
Non, le délai d'un an est d'ordre public. Aucune clause du contrat de construction ne peut le prolonger. Seuls les désordres signalés dans ce délai peuvent faire l'objet d'une reprise obligatoire.

Que se passe-t-il si l'entreprise ne répond pas à ma LRAR ?
Vous devez adresser une mise en demeure, puis envisager une médiation ou une action judiciaire avant l'expiration du délai. Le silence de l'entreprise ne suspend pas la forclusion.

La GPA couvre-t-elle les désordres qui apparaissent le 12ᵉ mois ?
Oui, si vous les signalez avant l'échéance exacte des 12 mois. Un désordre découvert au 11ᵉ mois et signalé par LRAR avant la fin du 12ᵉ mois reste couvert.

Faut-il faire venir un expert bâtiment pour l'état des lieux du 10ᵉ mois ?
Ce n'est pas obligatoire, mais fortement recommandé pour les projets à fort enjeu ou en cas de désordres techniques suspects. Le coût, entre 500€ et 900€, reste très inférieur à celui d'une reprise à votre charge après forclusion.

Un désordre non signalé en GPA peut-il être pris en charge par la dommages-ouvrage ensuite ?
Oui, à condition qu'il relève de la garantie décennale (atteinte à la solidité ou impropriété à destination). L'assurance dommages-ouvrage peut alors intervenir, mais uniquement pour les désordres graves, pas pour les défauts esthétiques.

Votre maison approche de la fin de sa première année ? Ne laissez pas la garantie de parfait achèvement s'éteindre sans avoir tout vérifié. Et pour la suite, sécurisez les dix prochaines années avec une assurance dommages-ouvrage solide. Demandez votre devis en moins d'une heure.